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Jeudi 25 janvier 2007
Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais, depuis le début du mois, la grande distribution, premier annonceur de France, devant l’automobile et la téléphonie, a enfin obtenu le droit de se promouvoir à travers le tube cathodique. Des années que les grandes enseignes attendaient ça ! Du point de vue du consommateur, habitué au matraquage, pas grande différence : quelques marques de plus dans les tunnels du prime-time. Du point de vue économique et culturel, en revanche, les pessimistes s’attendent à des effets secondaires indésirables.

Une aubaine pour les chaînes de télévision.
D’après les chiffres publiés dans Stratégies du 11 janvier, c’est TF1 qui s’est taillé la part du lion, suivi par M6. À eux deux ils absorbent 84% de cette nouvelle manne publicitaire. France 2, France 3 et France 5 sont loin derrière, avec Canal+ comme bon dernier. Mais comme le fait remarquer Alexandre Debouté, l’auteur de l’article, les budgets n’étant pas extensibles à l’infini, nous assisterons à des transferts dont les autres medias feront les frais. « Les transferts de budgets toucheront la publicité non adressée (Champion supprimera 2 catalogues en 2007), mais surtout les grands medias nationaux. […] Selon une étude Ad Barometer, les recettes publicitaires vont diminuer en 2007 de 37 millions d’euros pour l’affichage, de 33 millions pour la radio, de 28 millions pour la presse quotidienne et de 22 milllions pour la presse magazine.»

Un drame pour la presse quotidienne régionale ?
C’est ce que sous-entend, dans le Télérama de la même semaine, Vincent Rémy, dont la « grand-tante du Jura et la cousine du Périgord s’inquiètent pour le sort de leur quotidien régional, qui risque de voir fondre ses recettes publicitaires, alimentées par les annonces des supermarchés du coin ». Effectivement, il souligne aussi le fait que le montant total de l’investissement publicitaire ne sera pas augmenté et que donc on risque fort de « déshabiller Pierre pour habiller Paul ». Je ne vous cache pas que cette vision des choses m’a laissé un peu inquiet. Je suis en effet très attaché à l’écrit et à tout ce qui s’y rapporte et les sombres perspectives de l’édition en général me flanquent régulièrement le cafard.

La vision d’un homme de terrain
Il y a deux jours, j’étais en réunion avec un commercial d’un grand quotidien régional et je n’ai pas pu m’empêcher de lui demander son avis sur la question. Il m’a indiqué que, selon ses sources, les perdants de l’histoire seront les grands quotidiens nationaux et la presse magazine. En effet, il y a, d’après lui, fort à parier pour que la majeure partie de la communication institutionnelle passe par la télé, mais la communication commerciale (promos, etc.) restera, voire sera renforcée, sur les médias de proximité (PQR et radio). Pour l’instant, il est trop tôt pour voir une tendance se dessiner, mais il m’a promis de me tenir au courant. Tout en me disant, clin d’œil à l’appui, que si il ne m’appelait pas c’est qu’il n’aurait rien d’interessant à me dire (sous-entendu, qu’il s’est planté dans ses prévisions).

En conclusion : pas de panique, pour l’instant, pour la PQR. Mais, on le voit, l’avenir reste bien sombre pour la presse en général, qui, d’après ce même commercial, n’existera plus dans 90 ans (!). Je vous laisse avec cette prophétie de Cassandre, tout en me disant que d’autres articles feront suite sur ce thème riche et passionnant.
par Emmanuel Quéritet publié dans : Presse, édition, médias
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Commentaires

C’est semble t-il moins la grande distribution qui a besoin des TV que ces dernières des dépenses publicitaires des géants de la distribution...
Voici donc un bel exemple de clientélisme électoral et une belle preuve d’amitié en direction des Martin Bouygues, Patrick de Carolis ou Arnaud Lagardère, amis intimes de qui vous savez.

Arnaud Lagardère qui (aurait-il était prévenu avant nous ?) en profite pour restructurer en profondeur son pôle média, rebaptisé Lagardère Active Média, sur les carcasses fumantes de Hachette Filipacchi Médias (ou Interdéco) pour les activités presse (259 titres dans le monde dont Paris Match, Télé 7 Jours, Elle, Entrevue, Technikart...) et Lagardère Active Publicité pour les activités audiovisuelles, avec 21 chaînes TV thématiques dont RTL9, AB1 et 20% dans Canal+/TPS, et quelques 120 radios dont Europe 1 et 2, RFM, les radios d’autoroute... Objectif, créer un méga aspirateur à recettes publicitaires qui génère à l’année au moins 2 milliards d’euros de CA.

A la clé, bien entendu, la suppression de 7 à 10% des effectifs d’un groupe qui compte actuellement 9 900 salariés, dont 3 500 en France : soit 693 à 990 emplois qui seront supprimés, dont 245 à 350 à France. « C'est la branche presse qui sera le plus touchée, avec l'arrêt ou la cession d'au moins vingt titres. (...) Outre l'arrêt d'ores et déjà annoncé de l'Écho des Savanes et de Top Famille, le groupe a indiqué qu'il se donnait jusqu'à la fin de l'année pour statuer sur le sort de Première, Isa et Jeune & Jolie. Télé 7 Jours sera complété par une "dimension web" et "une amélioration de la politique éditoriale" sera effectuée sur Paris Match.» (CB NEWS - 29/01/2007).

« L'objectif du plan, nous apprend Libération (qui connaît bien la question !), est de réaliser 70 millions d'euros d'économies par an, à partir de 2009. »

Et puisqu’on est dans les gros sous, allons voir sur boursorama.com ce qu’en pensent les analystes financiers... : « Lagardère souhaite mettre en place les fondations d'un nouveau pôle, Lagardère Active Media, dont la mission est de devenir leader dans la génération de contenus, notamment numériques, et dans leur agrégation sur un certain nombre de marchés où le groupe est présent. A fin 2009, (...) la part des revenus numériques devrait représenter entre 5 % et 10 % des revenus de Lagardère Active Media en fonction des opportunités d'acquisitions (contre moins de 1 % en 2006...). Ces revenus devraient générer un taux de marge opérationnelle supérieur à celui généré sur les magazines papier.

Ah d’accord ! Tant qu’on est dans les « taux de marge opérationnelle », et sur boursorama.com, jetons un œil à l’action Lagardère en bourse - la bourse de Lagardère étant, elle, peu en action dès lors qu’il s’agit de protéger l’emploi, ou plus symboliquement de promouvoir l’information et la culture que sont censés servir les médias, mais c’est un autre débat...

Le titre Lagardère donc, nous enseigne Boursorama, a pour points forts un « portefeuille d'activités dans les médias diversifié, avec une présence dans des métiers cycliques (presse et audiovisuel) dépendants des investissements publicitaires (Ah !) et dans des métiers contra-cycliques (???), comme la distribution et les livres... » Mais aussi « L'ambition du groupe dans le domaine de la télévision s'affirme avec le rachat de Sportfive qui devrait assurer au groupe des revenus récurrents et bien margés. »

Côté points faibles de la valeur boursière, on trouve : « Le groupe doit s'attaquer à l'amélioration de la rentabilité de son activité presse qui a connu un ralentissement en 2006. Un plan pour redresser la barre est annoncé. » Un peu plus loin : « l'activité Presse est sensible à l'évolution de la publicité, mais également au cours du papier, matière première de base. » (Aïe !) Et en conclusion : « Enfin, le recentrage du groupe sur les médias et notamment sur la télévision devrait contribuer à réduire la décote du titre. » (Ouf !)

En résumé, le groupe Lagardère recentre ses activités sur la TV et le Web, tout en se désengageant progressivement du papier, car tout est affaire de « taux de marge opérationnelle ».
L’autre jour, l’hebdo Marianne rappelait qu’il y’a quelques années, un titre de presse qui dégageait 5% de rentabilité était considéré en bonne santé ; alors qu’aujourd’hui on demande à un journal ou magazine de cartonner à 15% ! Sinon les grandes fortunes européennes ou fonds de pension anglo-saxons qui en sont désormais les propriétaires s’efforceront de s’en débarrasser, non sans avoir au préalable taillé dans les effectifs et s’être bien gardés d’investir les bénéfices produits dans l’avenir de l’entreprise.

Moralité : quand le politique copule avec l’économique pour pondre des déréglementations, il naît surtout du chômage !
Heureusement, les (vrais) chiffres du chômage calculés par l’Insee, jusqu’ici rendus publics en mars, ne le seront qu’après les présidentielles... Ouf !
commentaire n° : 1 posté par : Laurent Salbayre le: 01/02/2007 22:44:12
... Comme d'habitude, belle démonstration, Laurent, qui me laisse pantois. Et qui cependant ne me rassure guère sur l'avenir de l'écrit !
commentaire n° : 2 posté par : Emmanuel Quéritet (site web) le: 02/02/2007 09:41:28
C'est ton sujet fort bien fait qui m'a également laissé pantois... et qui m'a fait rebondir par rapport à un papier auparavant.
Entre pantois...

Cela dit, à part toi et un peu moi, ça se bouscule malheureusement pas beaucoup les commentaires et sujets sur ce blog... A croire qu'à Toulouse rares sont ceux qui se plaisent à "bloguer le système".
Du coup, ça ne me rassure pas moi non plus sur l'avenir de l'écrit... !
commentaire n° : 3 posté par : Laurent Salbayre le: 02/02/2007 17:41:42
Vous ête jeunes.

Peut-être devriez-vous vous pencher sur ce que sont devenues les prévisions de cette nature émises sur des sujets semblables.

Je vous fais grâce de tous les gourous des années 60 qui nous voyaient en l'an 2000, tous habillés de combinaisons argentées, mangeant des pilules et nous déplaçant en fusées individuelles à l'heure du retour du bio, de l'individu-roi…

J'ai longtemps partagé les angoisses de tous les oiseaux de mauvais augure qui nous annonçaient des disparitions programmées dont on ne se relèverait pas. A chaque disparition d'un outil, d'un média indispensable a coïncidé la naissance d'un nouveau qui certes ne le remplace pas mais qui vient en combler le vide.

On dirait qu'il en va dans ce domaine comme dans les cimetières, qui, comme vous le savez, sont remplis de gens indispensables ! Ceux qui naissent après eux ne les remplaceront pas et ils nous manquent, mais d'autres viendront et il faut être optimiste pour avoir envie de les rendre tout aussi indispensables…
commentaire n° : 4 posté par : Jean-Marc Cortade (site web) le: 05/03/2007 14:14:40
En effet, il y a un risque pour la presse écrite, mais les encarts pubs dans la PQR sont très souvent destinées à des promos pour la journée. Comme le disent les commerciaux de PQR, les titres de presse écrite sont les supports de comm qui touchent les consommateurs dès 7h du matin. Pour le mois carrefour et la promo sur le jambon de Super U, la PQR restera un bon support. L'autre question de fond est : est-ce que la PQR est accessible par des annonceurs locaux. Vous savez combien coûte une pleine page dans un titre de la PQR ? Une somme qu'aucune PME ne peut se permettre. Ils en sont réduits à des 1/8 pages. Il y a de nouveaux formats à trouver à porter de bourses des entreprises qui veulent communiquer en local.
commentaire n° : 5 posté par : Arno (site web) le: 09/03/2007 10:10:03
(Réponse tardive) Je ne me soucie pas de l'avenir de la presse papier, qui vivra toujours. Je m'inquiète seulement du chômage croissant qui touche cette activité. Et implicitement de la qualité des contenus, directement liée aux effectifs dans les supports.
Pour le reste, je me suis bien gardé de jouer les visionnaires en me contentant seulement de donner des faits, si possible avec humour. Ne me prêtez pas un discours que je n'ai pas tenu. Emmanuel, de son côté, n'a pas non plus joué les prédicateurs, il a juste relayé des infos en posant des questions.
commentaire n° : 6 posté par : Laurent Salbayre le: 12/04/2007 23:36:03

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