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Mercredi 4 juillet 2007
C'est pas pour me vanter, mais je commence à avoir un peu de bouteille. Pour faire bref, avant de m'émouvoir avec un logo, faut quand même se lever de bonne heure. Force est de reconnaître qu'en matière d'identité visuelle institutionnelle on n'a pas vu grand chose d'intéressant sortir ces dernières années (je ne vous rappelle même pas l'épisode de la "balle de tennis", le logo de l'Anpe par Euro-RSCG). Oh non, je n'incrimine pas ici le manque d'inspiration des créatifs que sais être pour la plupart très inventifs et talentueux. Mais je sais que, malheureusement trop souvent, le commanditaire a la fâcheuse habitude de démolir les bons projets — ceux qui, justement, innovent ou sortent des sentiers battus — et se rabat plus souvent sur des pis-aller ou des propositions tellement édulcorées qu'elles en sont vidées de leur substance. Il arrive, malgré tout, que certaines grandes idées survivent à leur passage par ces fourches caudines. Les deux logos ci-dessous en font partie.

Le très controversé logo des JO de Londres 2012, ou "Punk un jour, punk toujours".
"aaah my eyes! it burns!"
"This is is ugliest logo for an important event like this I have ever seen."
"what a mess!"
"Looks just like a window I recently kicked a ball through."
"What a crock. How much money was wasted on this trash?"
Ce ne sont que quelques uns des 3779 commentaires consécutifs à l'article qui présentait le logo début juin sur le site bbc.co.uk. En approfondissant les recherches, on constate que plus de 80% du public anglais rejette en bloc cette identité visuelle. Présenté comme déclinable sur une gamme de 4 couleurs flashy, il aurait déclenché deux crises d'épilepsie chez les téléspectateurs lors de sa présentation au public.
Et pourtant, je dois avouer que ce logo fait souffler comme un grand vent d'air frais sur la communication visuelle corporate. Les anglais sont capables du meilleur comme du pire, mais surtout d'imposer leur légendaire mauvais goût comme un must de la pop culture. On a raillé les beatniks du "swinging London", craché sur les punks de la fin des années 70, ridiculisé la new wave à mèche des années 80, mais tous ces mouvements continuent encore à influencer en profondeur les tendances actuelles. Et, il faut bien avouer que ce logo, sous des dehors complètement déstructuré, est furieusement tendance autant que terriblement "british" vu du continent. Le créateur a su s'affranchir des traditionnelles mièvreries d'usage pour développer un langage graphique novateur et personnel, très inspiré, il est vrai du retour en force des eighties autant que lorgnant du côté du graff hip-hop. Jeunesse, mouvemement, dynamisme… Il me semble que ces valeurs-là sont assez proche de l'univers du sport, non ? Alors, messieurs les anglais, continuez à nous surprendre, s'il vous plaît ! Tiens, je viens de me rendre compte que le rose fluo et le jaune fluo étaient les deux couleurs dominantes de la pochette de l'album "Never mind the bollocks, here's the Sex Pistols"… Subliminal, vous avez dit subliminal ?
Ah, oui, last but not least, un petit détail : ce logo a coûté la bagatelle de 400 000 livres sterling, soit environ 592 000 euros. Y'a pas à dire, ils savent y mettre le prix...

Le nouveau logo de la fondation 30 Millions d'amis
Celui-ci, je l'ai remarqué sur la dernière campagne de la Fondation, alors que je suivais un bus en voiture. Je n'ai pas "percuté" immédiatement. Au départ je voyais juste un "30" renversé. Puis, en me rapprochant, j'ai remarqué les deux points (ok, je suis un peu myope). Je me suis tout d'abord demandé ce qu'ils faisaient là et j'ai enfin compris que c'étaient les yeux d'un petit chien dont l'intérieur du "3" dessine les oreilles. À ce moment-là, j'ai fondu de bonheur devant tant de simplicité et de justesse. Un quasi "orgasme typographique". Un cas d'école, une véritable leçon de logo ambulante qui se distingue par un ensemble de qualités rarement réunies de façon aussi synthétique.
Le choix typographique, la Dinschrift, rend l'ensemble simple, extrèmement lisible, parfaitement équilibré et intemporel, donc durable. La couleur, rouge, associée au noir sur fond blanc est indéniablement un parti-pris minimaliste qui s'approche d'une démarche de signalétique. Tonique et tranchée, elle évite le piège d'une teinte "tendance" et donc, par définition démodable. Là aussi, une volonté de durabilité dans le temps. Mais, la grande trouvaille c'est ce haut de tête de petit chien aux oreilles levées qui utilise le contour intérieur du chiffre 3 pour apparaitre devant nous. Il dépasse, espiègle, joueur et on imagine facilement le caractère attachant de l'animal.
Que dire de plus, on reste bouche bée devant un travail d'un tel niveau de concision dont il est à noter que tous les signes sont empruntés à la typographie. Il n'y a pas d'intervention manuelle complémentaire.

Merci à la Fondation 30 Millions d'Amis qui m'a très gentiment indiqué que ce logo a été créé en 2003 (pas si nouveau que ça, donc !) par l'Agence OPTIMUS, spécialisée dans la communication publique / para-publique d'intérêt général. Ils méritent d'être félicités pour la qualité de leur travail.
par Emmanuel Quéritet publié dans : Graphisme
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