Des mots…

Dimanche 5 octobre 2008
Dans l'excellent film Entre les murs, de Laurent Cantet, d'après le livre de François Bégaudeau, j'ai noté avec beaucoup d'intérêt cet échange :
L'élève : « D'abord vous savez ça veut dire quoi "pétass" avant d'parler là ? Déjà, "pétass", pour moi, ça veut djire prostchituée !
Le prof : C'est pas du tout ça. Dans mon sens à moi, c'est pas du tout ça. C'est vraiment pas grave du tout c'est une fille qui ricane bêtement, voilà…
L'élève (s'adressant aux autres) : Eh s'te plaît, "pétass" ça veut djir' prostchituée, non ? »

Alors je crois qu'il est maintenant grand temps de départager nos deux contradicteurs en essayant de donner une définition à ce mot "pétasse", il faut bien le dire chargé de mystères…
Tous ceux qui ont assisté, le 6 juin 2008, à la première journée des Assises de la Culture à Toulouse auront un élément de réponse grâce à l'intervention remarquée de "Pétassou". Ancêtre de l'Arlequin dans la commedia dell'arte, Pétassou est un personnage folklorique occitan, démon de carnaval au caractère facétieux et au costume bigarré parce que rapiécé ou plutôt rapetassé, c'est à dire racommodé sommairement. Il y a donc fort à parier qu'une "pétasse" est, par extension une jeune femme dont l'apparence rappelle celle de Pétassou, c'est à dire habillée d'une façon vulgaire et qui cherche à se faire remarquer bruyamment.
Rien à voir, donc, avec une prostituée ou, tout au moins avec le métier de la prostitution. Ricaner bêtement pourrait faire penser, mais très lointainement, à l'attitude de l'Arlequin. On dira donc match nul sur ce coup, avec un très léger avantage pour le prof. La jeune élève a, quant à elle, certainement subi l'influence du langage des cités chez qui le verlan "tasspé" désigne une fille facile (cf. Doc Gynéco : "J'veux une tass'pé hi eh hi eh", dans une chanson intitulée avec finesse et sensibilité Ma salope à moi), mais ceci est un autre débat.

Mince, voilà que j'me prends pour Alain Rey.

Ouh là là faut que j'arrête de lire Télérama et d'aller voir des films à l'Utopia, j'me sens tout bizarre.
Par Emmanuel Quéritet
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Dimanche 16 novembre 2008
Depuis vendredi et jusqu’à ce soir a lieu à Toulouse le salon des Éditeurs Régionaux, organisé par la Région Midi-Pyrénées. À cette occasion les éditions du Corbeau publient Amistats from Tolosa. Ce recueil met en pages sept auteurs qui se sont exercés à partir d'une nouvelle inédite de Philippe de Cadix : Raymond Bordes, Adèle Grime, BHM, Fred Ducom, Jean-Claude Solana, Michel Ducom. Ce livre est numéroté de 1 à 48, soit six chargeurs de huit cartouches et tiré à cent exemplaires. C'est un collector, un plaisir pour l’éditeur de faire partager une démarche intime et singulière autour d'une nouvelle qui l’a ému. Sa sortie au salon du livre est accompagnée d'un tee-shirt dans un joyeux foutoir et présent en parallèle au salon de l'Anarphabète, à la Chapelle rue Casanova.

C’est donc le moment idéal pour vous parler des éditions du Corbeau nées il y a 11 ans déjà, sous une forme associative et qui ont depuis publié des auteurs comme Yves Belaubre, Noël Godin, J.-F. Greg Lamazère, Pierre Colin, Michel Lac, Michel Baglin, Michel Ducom, Lilian Bathelot, Mistral, etc. Leur fondateur, Frédéric Ducom, se définit lui-même comme « lecteur de Félix-Marcel Castan et Schopenhauer, entre autres. Organisateur de manifestations culturelles festives et un poil subversives. Auteur, journaliste, poète, éditeur, fouteur de merde dans les soirées de merde. » Il se revendique « non sportif, non dépressif, père d'un ange ». Il aime sa compagne. Il aime les auteurs du Corbeau, ses amis et sa famille, toutes les femmes, même sa mère. C'est pour dire. Il aime rire et tous les médias. Il ajoute à son CV improvisé dans un style lapidaire : « Sensible à l'histoire. Fume et boit trop. Joue mal de la guitare. Va remonter sur les planches dans un duo rigolo avec Jean-Claude Solana. » Il avoue également (sous la torture) quelques écrits : des poèmes chez Encre Vives, Filigrane, Trident neuf, Rivaginaires, SoleilS & Cendre ; un roman pour la jeunesse, Nettoyage scolaire, chez Hachette ; Estos dias azules chez Multilatéral ; des nouvelles dans le Corbeau ; des textes récités avec le groupe Acouphène.
Attraper un corbeau de cet acabit, ce n’est pas courant (demandez à Edgard Allan Poe), alors j’en ai profité pour lui poser quelques questions…


Bonjour, Monsieur du Corbeau, qui vous a inspiré votre nom : le film de Henri-Georges Clouzot, Ringo, ou le petit Grégory ?
« Les subordonnés du Maréchal et toutes les lettres que nous ne recevons pas. Celles dont l'encre a filé du noir au rouge dans une tranchée au nord. Mais qui est ce petit Grégory ? »

Dans quoi trempez-vous votre plume pour qu'elle ait cette couleur si noire ?
« Le sourire de Chester Himes quand il dépeint son époque sans la ménager. La vie qui nous entoure, son ciel de traîne quelques fois dans nos yeux, deux trois injustices qui ne passent pas. »

Quels rapports entretenez-vous avec les autres volatiles du monde de l'édition, qu'est ce qui vous différencie ?
« C'est qu'on rigole. De tout. Mais "pas avec n'importe qui", bien entendu. Notre démarche est indépendante, on ne demande aucune subvention. On est libre, soldé de tout compte. On respecte tous nos compagnons volatiles, leurs trouvailles, leur vision du monde, leurs caractères. Nous travaillons par plaisir, pour faire émerger des écritures, nous croyons en leurs magies dont celle qui fait briller le regard d'un lecteur et le transforme en auteur. Quand on joue dans la cour des grands, on grandit. Les écritures nous grandissent dès lors qu'elles sont sociabilisées, posées sur la table. Comme on partage un repas. C'est ici qu'on transforme le monde. Avec ses échecs et ses réussites. Il y a de la place pour tout le monde et au menu : sanguette ! »

Comment choisissez-vous les auteurs qui partagent votre nid ?
« On en harcèle certains qui ne veulent pas faire le grand saut, on les comprend, on est moins fiable que Gallimard, on a un réseau d'écrivains qui nous sont chers, on les harcèle aussi, d'autres qui nous envoie leurs productions que nous aimons ou pas, on parle, on cherche, on fait retravailler, on se fait engueuler, voire toiser, on lâche pas, on lâche pas. »

Parlez-nous du pays : la Terre, l'Europe, la France, l'Occitanie, Toulouse et Arnaud-Bernard…
« Merci à Félix-Marcel Castan qui m'épargne de développer : "On est pas le produit d'un sol, mais de l'action que l'on y mène". »

Ça mange quoi, un corbeau ?
« Des petites nouilles en forme de lettres dans le potage, évidemment, et de la samba des rumeurs pour le dessert. »

Avez-vous le projet de nous pondre quelque chose dans les mois qui viennent ?

Oui. Toujours dans ce sens, et avec plus d'auteurs. On cherche. On cherche.


Allez, petite pause musicale, et après, on vous donne de la lecture :




Ben quoi, si on peut plus rigoler ?

En spécial bonus track, un extrait de la nouvelle de Philippe de Cadix, à l’origine du recueil qui vient de paraître :



Voir la lumière


Je suis un pistolet automatique allemand Lüger P 08, calibre 9mm Parabellum, fabrication de guerre byf 41 (Usine Mauser 1914), marquages en parfait état, toutes pièces au même numéro, bronzage noir, plaquettes en bois quadrillé, très bel état général malgré quelques piqûres de rouille sur le canon. J’ai d’abord appartenu à un élève officier allemand, rapidement blessé à Verdun et démobilisé en 1917. De 1917 à 1933 je suis devenu arme de service dans la police à Nüremberg. J’ai procédé à 48 arrestations et ai abattu 7 personnes dans la main de 3 inspecteurs successifs. En 1933, mon propriétaire a rejoint le parti nazi et, après avoir passé quelques semaines dans les S.A., s’est enrôlé dans les S.S. Comme j’étais son arme fétiche, il a obtenu l’autorisation de me garder avec lui. Nous avons été de tous les fronts, j’ai arrêté de compter les morts à partir de ce moment-là. En 1944, alors que nous faisions partie de la 2e division d’infanterie motorisée SS, mon propriétaire, devenu colonel, a été fait prisonnier par les soldats américains. J’ai alors appartenu quelques heures à un sergent noir de Virginie, qui m’a rapidement échangé contre une nuit d’amour à une femme française. Celle-ci m’a donné à son frère qui était dans la résistance. J’ai combattu quelques semaines avec lui, il est tombé aux côtés de la 2e Division Blindé. C’est un tankiste, un adjudant-chef français qui m’a ramassé et conservé comme souvenir de cette époque. Après la guerre, cet homme est devenu agent commercial et s’est installé aux environs de Toulouse. Une ou deux fois par ans, il m’emmenait dans la campagne pour « faire un carton », sur des bouteilles vides. Il m’a ensuite donné à son fils quand ce dernier est revenu de la guerre d’Algérie. L’homme pratiquait le tir sportif et me conduisait parfois au stand, à Muret, pour épater ses copains. Je pouvais y faire étalage de mes qualités et de ma précision. On a offert des sommes conséquentes à mon propriétaire, mais il n’a jamais voulu me vendre : « souvenir de famille » disait-il. Avant de mourir, il m’a donné à son fils, un genre de pacifiste qui n’aimait pas trop les armes à feu. Il m’a toutefois conservé dans une boîte, ne sachant trop que faire de moi. La législation avait changé durant toutes ces années, j’étais devenu hors-la-loi, j’ai donc sommeillé quelques années sous une pile de linge, dans une armoire. Cet homme a eu un fils prénommé Thomas. Quand celui-ci a eu 10 ans, il lui a parlé de moi, m’a sorti de ma boîte, lui a raconté ce qu’il connaissait de mon histoire, m’a démonté et remonté, chargé et déchargé devant lui, comme avaient fait son père avant lui, et le père de son père. Puis, ce fut de nouveau l’obscurité, pendant de longs mois.

C’est un matin de novembre 2009 que j’ai à nouveau vu la lumière. Le petit Thomas est monté sur une chaise, a attrapé ma boîte, l’a emporté dans sa chambre. Là, sur son lit, il m’a partiellement démonté, huilé, et remonté, comme l’avait fait son père. Son regard était dur, embué de larmes, je pouvais y lire de la colère et de la tristesse. Ce gamin était redoutablement intelligent, premier de sa classe depuis le début de sa scolarité. Il a pris la boîte de munitions et a introduit huit balles de calibre 9 mm dans mon chargeur. Il a actionné le mécanisme pour faire glisser une balle dans le canon. Il a du s’y reprendre à deux fois, ses petites mains manquaient de force pour tendre mes puissants ressorts. Il a mis le cran de sécurité et m’a caché dans son cartable […] (À suivre dans Amistats from Tolosa)

AMISTATS FROM TOLOSA
Editions du Corbeau
Edition limitée 100 ex. - 48 pages - 5 Euros
T-shirt du corbeau : 12 Euros
Livre + T-shirt : 15 euros


Pour toute questions, commandes, informations, vous pouvez contacter les éditions du corbeau à :
Association Corbeau Éditions
53 rue Lejeune
31000 Toulouse
corbeau.editions@orange.fr
www.corbeau.fr.st

Élégant et confortable pour le corps comme pour l'esprit,
le kit "corbeau" sera indispensable pour briller en société cet hiver

Par Emmanuel Quéritet
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Mercredi 19 août 2009
Il y a quelques mois, vous avez été nombreux à lire cet article dans lequel je tentais de départager les personnages du film Entre Les Murs sur la définition du mot "pétasse". Et bien pour tous les passionnés de linguistique et à seule fin de faire avancer la science de l'étymologie, mes recherches m'ont conduit à cette découverte dans le "Midi Libre" du dimanche 9 août 2009. Comme quoi, même en vacances, les unités spéciales d'investigations sémantiques d'Artmony sont toujours en alerte…
Mais lisez plutôt :

« Mieux vaut une pièce qu'un trou sur un pantalon
Calque de l'occitan
Val més un petas qu'un trau.
Un pétas ("s" final prononcé) est une pièce mise à un vêtement usagé. Très souvent on pétassait (rapiéçait) les vêtements qui servaient à plusieurs enfants d'âges décroissants. À tel point qu'il était parfois difficile de reconnaître les vêtements d'origine tant les pétas étaient nombreux. Le pétas, même s'il n'est pas agréableà la vue, du fait de sa teinture différente et souvent disparate, illustre le souci d'économie de celui qui le porte. »

Dans le précédent article à ce sujet, j'émettais l'hypothèse que l'insulte "pétasse" était un dérivé du personnage d'Arlequin occitan "Pétassou". Aujourd'hui cette nouvelle piste nous suggère qu'il se reporte à l'avarice ou tout au moins à l'économie ou à la pauvreté…

À suivre…

Par Emmanuel Quéritet
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